Damaraland
Région minérale du nord-ouest namibien, le Damaraland concentre éléphants du désert, rhinocéros noirs en liberté et 8 000 ans d'art rupestre San sur dalles de grès rouge.
Le Damaraland s'étire sur près de 45 000 km² au nord-ouest du pays, entre la Côte des Squelettes à l'ouest et le plateau central à l'est. Notre équipe le présente toujours comme la région la plus minérale de la Namibie : massifs de granit rouge, inselbergs isolés, plaines de mopanes rabougris et lits de rivières éphémères, l'Huab, l'Ugab, le Hoanib et le Hoarusib, qui ne coulent en surface que quelques jours par an après les orages d'été. Le reste du temps, l'eau circule sous le sable et entretient une végétation linéaire le long des oueds, qui sert de couloir de vie pour la faune.
Administrativement, le Damaraland correspond à l'ancien bantoustan attribué aux Damaras pendant l'apartheid. Aujourd'hui, la zone est habitée par les Damaras autour de Khorixas, par des communautés Herero éleveurs de bétail, et plus au nord par des familles Himba semi-nomades dans la région du Kunene. Le tourisme y est structuré par les conservancies, ces aires de gestion communautaire créées à partir de 1998, qui reversent les revenus du safari et des lodges aux villages. Torra, Doro Nawas et Palmwag sont les plus connues : nous travaillons en direct avec leurs guides issus des villages.
L'attrait géologique du Damaraland tient à l'âge et à la diversité des formations. Le Brandberg, dôme granitique culminant à 2 573 mètres au Königstein, est le point le plus haut du pays. Ses parois abritent plus de 45 000 peintures rupestres recensées, dont la Dame Blanche dans la gorge de Tsisab, datée d'environ 2 000 ans. Une centaine de kilomètres au nord, le site de Twyfelfontein, inscrit à l'Unesco depuis 2007, concentre plus de 2 000 gravures sur dalles de grès rouge, oeuvre des chasseurs San sur six millénaires. Tout autour, la Forêt Pétrifiée expose des troncs fossilisés vieux de 280 millions d'années, et les Orgues Basaltiques alignent leurs colonnes hexagonales sur 100 mètres de paroi.
Côté faune, le Damaraland est l'un des rares endroits au monde où subsistent des éléphants adaptés au désert. Ils descendent les lits de l'Huab et de l'Hoanib, capables de parcourir 70 km entre deux points d'eau et de se passer de boire pendant trois à quatre jours. Le rhinocéros noir y vit également en liberté, sans clôture : la concession de Palmwag, gérée par Save the Rhino Trust, en abrite la plus grande population sauvage d'Afrique. À cela s'ajoutent les girafes, les oryx, les zèbres de montagne de Hartmann, et plus rarement les lions du désert qui traversent vers le Kaokoland.
Côté logistique, deux villages servent de pivots. Khorixas, à l'est, est un bourg administratif sans charme particulier mais utile pour le ravitaillement, à 3 h de route de Twyfelfontein. Palmwag, au nord, n'est qu'un relais routier avec station-service à l'entrée de la concession éponyme, point de départ des sorties rhino. Le réseau routier est entièrement en piste graveleuse au-delà de la C39, et les distances trompent : compter 4 à 5 heures pour rallier la Skeleton Coast depuis Twyfelfontein, et autant pour Etosha par l'ouest.
Le Damaraland ne se visite pas en coup de vent. C'est une région contemplative où la densité d'animaux est faible mais où chaque rencontre, un troupeau d'éléphants à 50 mètres dans le lit de l'Huab, une gravure de girafe sur dalle rouge, un rhinocéros approché à pied avec un pisteur Damara, prend une intensité particulière liée à l'aridité du décor.
À découvrir
Gravures rupestres de Twyfelfontein. Plus de 2 000 pétroglyphes gravés sur dalles de grès rouge par les chasseurs San, certains datés de 6 000 ans. Visite guidée d'environ 1 h 30 le matin avant 10 h pour éviter la chaleur de la dalle.
Éléphants du désert dans le lit de l'Huab. Pistage en 4x4 depuis Doro Nawas ou Twyfelfontein, généralement 4 à 6 heures de sortie. Les troupeaux remontent l'oued au gré des points d'eau, sans garantie de rencontre mais avec un taux de réussite d'environ 70 % en saison sèche.
Rhinocéros noirs à pied à Palmwag. Approche à pied dans la concession avec les pisteurs de Save the Rhino Trust. Lever vers 5 h, marche de 3 à 5 heures sur terrain caillouteux. Une des dernières expériences de tracking de rhino noir en liberté totale.
Brandberg et la Dame Blanche. Randonnée de 3 heures aller-retour dans la gorge de Tsisab pour atteindre la fresque, accompagnée d'un guide Damara obligatoire. Départ tôt, la dalle granitique dépasse 50 °C l'après-midi en été.
Forêt Pétrifiée et Welwitschia. Troncs fossilisés de 280 millions d'années alignés sur le plateau près de Khorixas, et populations de Welwitschia mirabilis, plante endémique à deux feuilles pouvant vivre 1 500 ans.
Quand y aller
La saison sèche, de mai à octobre, est la fenêtre que nous recommandons systématiquement pour le Damaraland. Les températures diurnes restent supportables, 22 à 28 °C en juin-juillet, mais les nuits descendent à 5 °C voire 0 °C dans les lits de rivière. Les pistes sont praticables, la végétation est rabattue ce qui facilite les observations de faune, et les animaux se concentrent autour des rares points d'eau permanents. Septembre et octobre sont les meilleurs mois pour les éléphants et rhinocéros, avec en contrepartie un mercure qui grimpe à 35-38 °C l'après-midi.
De décembre à mars, la région reçoit ses orages d'été, entre 100 et 250 mm de pluie selon l'altitude, concentrés en quelques averses violentes. Les lits de rivière peuvent se mettre en crue brutalement et couper les pistes pendant 24 à 48 heures. Les températures dépassent souvent 40 °C en journée. Le paysage verdit brièvement, ce qui plaira aux photographes, mais la faune se disperse et les éléphants s'éloignent des lodges. Novembre et avril sont des mois de transition, jouables mais aléatoires.
Conseils pratiques
Nous conseillons de prévoir au minimum 3 nuits sur place pour rentabiliser les distances, idéalement 4 : une nuit vers Twyfelfontein pour les gravures et la Forêt Pétrifiée, une à deux nuits dans le secteur de Palmwag ou Doro Nawas pour le tracking faune, et une nuit éventuellement au pied du Brandberg si l'on souhaite faire la randonnée de la Dame Blanche. L'accès se fait par la route depuis Windhoek (8 à 9 heures via Otjiwarongo), depuis Swakopmund (5 à 6 heures par la C35) ou en vol charter sur les pistes de Doro Nawas et Palmwag pour les itinéraires plus courts.
Le Damaraland se combine naturellement avec le Parc d'Etosha au nord-est (4 à 5 heures de route), la Côte des Squelettes à l'ouest pour les voyageurs qui veulent enchaîner sur les phoques de Cape Cross et les épaves, et le Désert du Namib au sud pour un circuit complet de deux semaines. Le niveau de confort des lodges va du camp de tente sur dalle rocheuse aux établissements haut de gamme type Mowani ou Damaraland Camp. La région convient particulièrement aux contemplatifs, aux amateurs de géologie et d'art rupestre, et aux voyageurs qui préfèrent la qualité des rencontres animalières à leur fréquence. Avec de jeunes enfants, mieux vaut limiter les sections de piste à 3 heures consécutives et choisir un lodge avec piscine.


