Caprivi et nord-est

La bande de Caprivi, traversée par l'Okavango, le Kwando et le Zambèze, oppose ses forêts humides et ses parcs fluviaux au reste désertique de la Namibie.

Le Caprivi, officiellement renommé Zambezi Region depuis 2013, forme cette langue de terre de 450 kilomètres qui prolonge la Namibie vers l'est, entre l'Angola au nord et le Botswana au sud, jusqu'à toucher la Zambie et le Zimbabwe à sa pointe orientale. Cette géographie héritée du tracé colonial allemand de 1890 explique le contraste saisissant avec le reste du pays : ici, l'altitude tombe sous 1000 mètres, quatre fleuves pérennes traversent la région (Okavango, Kwando, Linyanti-Chobe, Zambèze), et la pluviométrie annuelle atteint 600 à 700 mm contre moins de 100 mm dans le Namib. Le résultat : forêts de mopane et de teck du Zambèze, plaines inondables, papyrus, et une biodiversité qui n'a plus rien à voir avec les paysages désertiques que la plupart des voyageurs associent à la Namibie.

Katima Mulilo, sur les rives du Zambèze, est la capitale régionale et notre point d'ancrage logistique. Cette ville de 30 000 habitants concentre l'essentiel des services : marchés, stations-service, hôpital, et la frontière avec la Zambie via le pont de Sesheke. À l'ouest, Divundu marque l'entrée dans la région depuis l'Okavango et donne accès aux Popa Falls, qui sont moins des chutes que des rapides étagés sur 4 mètres de dénivelé. Entre ces deux pôles s'égrènent des villages comme Kongola, Sangwali ou Lianshulu, où la vie reste rythmée par la pêche, l'élevage bovin et les cultures de mil et de maïs.

La population du Caprivi se distingue elle aussi du reste de la Namibie. Les groupes Lozi, Mafwe, Subiya et Yeyi parlent des langues bantoues proches de celles de Zambie et d'Angola, et leurs structures traditionnelles, avec chefferies et conseils royaux, restent vivaces. Le Kuomboka, fête lozi célébrée de l'autre côté du fleuve en Zambie quand les plaines s'inondent, irrigue culturellement la rive namibienne. Côté cuisine, on s'éloigne du braai afrikaner pour retrouver le bream du Zambèze grillé, le nshima (pâte de maïs équivalente du sadza zimbabwéen) et les légumes-feuilles de delele.

Trois aires protégées structurent l'intérêt naturaliste de la région. Le parc national de Bwabwata, créé en 2007 par fusion de Caprivi Game Park et Mahango, couvre 6 270 km² entre Okavango et Kwando ; c'est un parc habité, où les communautés vivent à l'intérieur des limites, ce qui en fait un modèle de conservation négocié. Mudumu, plus au sud-est, est connu pour ses passages d'éléphants en provenance du Chobe botswanais, particulièrement denses entre août et octobre. Nkasa Rupara, anciennement Mamili, est le plus humide : 80 % de sa surface est zone marécageuse, accessible uniquement en 4x4 surélevé en saison sèche. Les ornithologues y recensent skimmer africain, jacana, bec-en-sabot occasionnel, parmi plus de 450 espèces.

Cette région est aussi le sas naturel vers les chutes Victoria. Depuis Katima Mulilo, il faut compter 200 km jusqu'à Livingstone côté zambien (3 heures de route plus formalités frontière), ou environ 6 heures jusqu'à Victoria Falls côté zimbabwéen via Kazungula et son nouveau pont ouvert en 2021. La proximité du Chobe botswanais, à 70 km de Katima par Ngoma Bridge, ouvre également la combinaison avec Kasane et les croisières sur le fleuve Chobe, où les concentrations d'éléphants en saison sèche dépassent 50 000 individus à l'échelle du parc.

L'économie locale reste fragile : pêche artisanale, agriculture vivrière, tourisme communautaire à travers les conservancies, ces zones de gestion communautaire qui couvrent une part importante du Caprivi. Notre équipe travaille avec plusieurs lodges installés dans ces conservancies (Nambwa, Lianshulu, Camp Kwando), qui reversent une fraction des recettes aux communautés et emploient localement. C'est, à notre avis, une des régions de Namibie où le voyage a le plus de sens économique direct pour les habitants.

À découvrir

Safari fluvial sur le Kwando depuis Nambwa. Sortie en bateau à plat fond au lever du jour, entre août et octobre, quand les éléphants traversent le fleuve en groupes de 30 à 40 individus pour rejoindre les plaines inondables côté botswanais.

Les rapides de Popa Falls. Une succession de cascades basses sur l'Okavango, près de Divundu, où l'on observe crocodiles et martins-pêcheurs depuis les passerelles en bois du parc.

Ornithologie à Nkasa Rupara. Le parc le plus humide du pays, accessible en 4x4 d'avril à novembre, avec ses 450 espèces recensées dont le skimmer africain et la grue caronculée.

Marché de Katima Mulilo. Étals de poissons fumés du Zambèze, vanneries lozi en racines de palmier makalani, et tissus chitenge importés de Zambie ; un aperçu concret du quotidien régional, loin du circuit touristique classique.

Passage frontière vers les chutes Victoria. Trois heures de route depuis Katima jusqu'à Livingstone via le pont de Sesheke, ou six heures jusqu'à Victoria Falls Town via Kazungula : la sortie logique pour conclure un itinéraire namibien.

Quand y aller

La saisonnalité est ici plus marquée et plus contraignante qu'ailleurs en Namibie. La saison des pluies s'étend de décembre à mars, avec des cumuls qui peuvent dépasser 150 mm en janvier et février : certaines pistes secondaires de Bwabwata et Nkasa Rupara deviennent impraticables, et les températures grimpent à 35 °C avec une humidité de 80 %. C'est la moins bonne période pour visiter, sauf pour les ornithologues qui y trouvent les espèces migratrices et les jeunes oiseaux.

Notre fenêtre recommandée court de mai à octobre. Juin à août offre les nuits les plus fraîches (10 à 15 °C la nuit, 25 à 28 °C en journée) et une concentration maximale de la faune autour des points d'eau, le bush s'éclaircissant à mesure que la saison sèche progresse. Septembre et octobre sont les mois les plus chauds avant les pluies, jusqu'à 38 °C l'après-midi, mais aussi les plus spectaculaires pour les passages d'éléphants sur le Kwando et le Chobe. Avril et novembre sont des intersaisons valables, avec moins de visiteurs et une végétation encore verte.

Conseils pratiques

Nous recommandons un minimum de 4 jours sur place pour justifier la distance, idéalement 5 à 7 jours si l'on souhaite explorer plusieurs parcs et faire l'aller-retour aux chutes Victoria. La région se rejoint par la route depuis Rundu (200 km de bitume jusqu'à Divundu, comptez 2h30) ou par vol intérieur jusqu'à Katima Mulilo depuis Windhoek (1h45). La route principale, la B8, est asphaltée sur toute la longueur du Caprivi ; les pistes secondaires d'accès aux lodges et aux parcs nécessitent un 4x4.

La combinaison la plus cohérente, sur un voyage de 18 à 21 jours, associe le Caprivi à Etosha (700 km, 2 jours de route avec étape à Rundu) puis au Damaraland et à la côte. Pour les voyageurs disposant de trois semaines, l'extension naturelle se fait vers le Botswana (Chobe, Okavango) via Ngoma Bridge, ou vers les chutes Victoria. Le niveau de confort des lodges est correct à très bon, mais nettement plus rustique que celui des camps haut de gamme du Botswana voisin, à prix sensiblement inférieur. Cette région convient aux voyageurs naturalistes, aux ornithologues confirmés et à ceux qui cherchent un contraste fort avec les paysages désertiques. Elle est moins adaptée aux familles avec très jeunes enfants en raison de la chaleur, de l'humidité et de la présence de paludisme (prophylaxie nécessaire toute l'année).

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