Sud et Fish River Canyon

Plaines de Karas, deuxième plus grand canyon au monde, ville fantôme de Kolmanskop et architecture wilhelminienne de Lüderitz battue par le Benguela.

Le sud namibien commence pour nous quand le bitume de la B1 quitte Mariental et que l'horizon s'ouvre sur les plaines de Karas. Cette région, qui s'étire de Keetmanshoop jusqu'au fleuve Orange marquant la frontière sud-africaine, couvre près de 160 000 km² pour une densité humaine très faible. Les distances entre stations-service y sont longues, parfois 200 km, et nos chauffeurs partent toujours avec deux jerrycans d'eau dans le coffre.

Le paysage dominant, ce sont des plaines caillouteuses semi-désertiques piquetées de kokerbooms, ces aloès arborescents (Aloidendron dichotomum) que les San utilisaient autrefois pour fabriquer des carquois. La forêt de Quivertree, à 14 km au nord-est de Keetmanshoop, en concentre plus de 250 spécimens sur un affleurement de dolérite. Juste à côté, le Giant's Playground aligne des blocs basaltiques empilés par l'érosion, terrain de jeu géologique daté de 170 millions d'années.

Le Fish River Canyon constitue l'événement géographique majeur. Creusé par le fleuve Fish (Visrivier), il mesure 160 km de long, jusqu'à 27 km de large et 550 mètres de profondeur entre Hobas et Ai-Ais. Le sentier de randonnée du fond, 85 km en quatre à cinq jours de bivouac, n'ouvre que du 1er mai au 15 septembre : en été austral, les températures dépassent 45°C dans le canyon et des crues éclair peuvent piéger les marcheurs. Le permis est limité à 30 personnes par jour et exige un certificat médical de moins de 40 jours.

À l'ouest, la route vers Lüderitz traverse les Sperrgebiet, l'ancienne zone interdite des diamantaires allemands, encore sous régime d'accès contrôlé. La ville elle-même, fondée en 1883 par le marchand brêmois Adolf Lüderitz, conserve une architecture wilhelminienne improbable face au courant froid du Benguela : la Felsenkirche perchée sur son rocher, la Goerke Haus de style Jugendstil, et des façades à colombages battues par le vent de sud-ouest qui souffle 300 jours par an. À 10 km, Kolmanskop, ville fantôme abandonnée en 1956 après l'épuisement des gisements diamantifères de surface, laisse le sable envahir ses villas bourgeoises, son casino et son hôpital.

La population du sud est mêlée : descendants Nama installés autour de Berseba et Bethanie, communautés afrikaners éleveuses de mouton karakul (la laine persan), familles métisses Baster autour de Rehoboth plus au nord. L'économie tient à trois piliers : l'élevage ovin extensif, la pêche au homard et au merlu à Lüderitz, et le tourisme. Côté table, nous servons souvent du gemsbok (oryx) grillé, du potjiekos mijoté trois heures sur braises, et les huîtres de la baie de Lüderitz, élevées dans les eaux à 12-14°C du Benguela.

Le sud reste la portion la moins fréquentée de nos circuits namibiens, ce qui fait son intérêt. Les lodges y sont espacés, les pistes vides, et on peut rouler une heure sans croiser un véhicule entre Aus et Helmeringhausen. Pour ceux qui aiment les chevaux sauvages de Garub, descendants des montures de la cavalerie allemande de 1915, l'observation se fait au point d'eau aménagé près d'Aus, où une centaine d'individus survivent encore.

À découvrir

Bord du Fish River Canyon à Hobas. Le point de vue principal s'ouvre sur un méandre de 270° à 500 mètres au-dessus du lit. Nous y allons en fin d'après-midi quand la lumière rasante détache les strates de quartzite et de gneiss vieilles de 1,8 milliard d'années.

Kolmanskop, ville ensablée. Visite guidée le matin entre 9h et 11h, quand la lumière entre dans les chambres remplies de dunes. Le sable du désert du Namib a recouvert parquets, baignoires et papiers peints depuis l'abandon en 1956.

Chevaux sauvages d'Aus. Depuis l'abri d'observation de Garub, 20 km à l'ouest d'Aus, on observe les descendants des chevaux militaires allemands. Population stabilisée autour de 100 individus adaptés à survivre avec moins de 100 mm d'eau par an.

Sources chaudes d'Ai-Ais. Au pied sud du canyon, les eaux sulfureuses jaillissent à 65°C avant d'être refroidies en bassins. Notre arrêt classique après une journée de piste pour soulager les dos secoués par les corrugations.

Forêt de kokerbooms à Keetmanshoop. Au lever du soleil, les troncs jaune-doré des aloès se découpent sur la dolérite noire. Nous combinons souvent avec le Giant's Playground voisin pour une matinée de marche photo de deux heures.

Quand y aller

Nous recommandons le sud entre mai et septembre, qui correspond à l'hiver austral et à la seule fenêtre d'ouverture du sentier de randonnée du Fish River Canyon. Les journées affichent 20 à 25°C, les nuits descendent à 2-5°C, voire en dessous de zéro en juin-juillet sur les plateaux de Karas. Le ciel reste dégagé, l'air sec, et la visibilité photographique excellente. À Lüderitz cependant, le vent de sud-ouest soufflant en moyenne à 30-40 km/h rafraîchit nettement la perception : prévoir une polaire même en septembre.

Nous évitons décembre à février. Les températures atteignent 38 à 45°C dans le canyon et autour de Keetmanshoop, les orages de fin d'après-midi peuvent provoquer des crues éclair sur le Fish et le Konkiep, et plusieurs pistes secondaires deviennent impraticables. Mars-avril et octobre-novembre constituent des intersaisons acceptables, plus chaudes (28-35°C en journée) mais moins fréquentées, avec parfois des journées très ventées à Lüderitz.

Conseils pratiques

Comptez cinq à six jours minimum pour le sud, en partant de Windhoek. La distance Windhoek-Fish River Canyon avoisine 800 km, soit deux jours de route avec étape à Mariental ou Keetmanshoop. L'itinéraire classique enchaîne ensuite canyon, Aus, Lüderitz et Kolmanskop, avec un retour par la C13 le long du Sperrgebiet ou la remontée vers le Namib. Nous opérons en 4x4 climatisés, les routes principales B1 et B4 sont bitumées, mais les accès aux lodges se font sur gravel parfois corrugué.

Le sud se combine logiquement avec le Désert du Namib au nord-ouest (Sossusvlei se trouve à une journée de piste depuis Aus via Helmeringhausen), pour un circuit de 10 à 12 jours qui couvre la moitié sud du pays. Combiner avec Etosha ou le Damaraland exige au minimum 16 jours en raison des distances. Le confort des lodges va du camp de tentes spartiate au lodge perché type Canyon Lodge ou Klein-Aus Vista, tous avec eau chaude et restauration. Cette région convient aux voyageurs contemplatifs, aux randonneurs sérieux pour le sentier du canyon, aux amateurs d'histoire coloniale et de géologie. Les familles avec jeunes enfants y trouveront moins d'animation animalière qu'à Etosha : nous le suggérons plutôt à partir de 10-12 ans.

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